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Il est probable que cet événement curieux serait resté inconnu si les anciens éléves du lycée n'avaient pas organisé, un jour, une rencontre avec, comme attraction principale des retrouvailles, un concert de gala. Pour l'occasion, était de retour le célébre violoniste originaire de la ville qui, dans le silence du printemps précoce, sortit de l'hotel de la Paix situé sur la place principale pour aller se promener, selon son habitude, sous les lampadaires somnolents, afin de trouver plus facilement le sommeil. Le soir venait de tomber et le violoniste était sur le chemin du retour, dans l'obscurité hostile du faubourg, lorsque, sortis d'une maisonnette basse, des sons étranges, d'une pureté admirable, accrochérent son oreille: une méliode répétitive mais qui variait tout de méme dans ses détails et que l'artiste, derriére sa fenétre, devait tirer d'un instrument inconnu. L'air ressemblait beaucoup aux morceaux de bravoure que les violonistes exécutent sur un ton cristallin, mais il sonnait avec une pureté et une légéreté que seuls les plus grands, et le promeneur tendant l'oreille sous la fenétre le pressentit tout de suite, éteient capables detirer ainsi de leur instrument. Aprés quelques hésitations, le violoniste demanda la permission d'enter mais ne trouva dans la chambre qui donnait sur la rue qu'un bébé minuscule: un petit garcon que sa mére effrayée par l'ouverture de la porte serrait contre sa poitrine. Aux questions de l'étranger, ce fut finalement le nourisson grimacante, il se mit á pleuer, oui, et retentit á nouveu la mélodie qui avait attiré le violoniste dans la maison.
Dés le lendemain, la nouvelle se répandit rapidement.
Méecins et musiciens, spécialistes es curieux se succédérent pour écouter le chant du petit garcon. Seulement, la mélodie si admirable de pureté au départ devint de jour plus brisée et plus faible et finit par ressembler á des pleurs ordinaires du nourrisson.
Mais, mais il ne fait que pleurer, celui-lá! s'écria, décu et fáché, un chercheur venu de Budapest. Il ne fait rien d'autre que pleurer!
Ils entourient le petit lit á barreaux draps blancs, regardient la femme avec l'enfant dans ses bras.
En effet, il pleure tout simplement, acquiesca le violoniste.
Ils se tenaient cote á cote, regardaient l'enfant.
Ils le regadaient tandis que celui-ci continuait á pleurer.
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